LA POLITIQUE LE RETOUR !
Alors, qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Vote Utile ou vote futile ? Realpolitik ou réelle politique ? Si on en causait entre nous, hmm ?
Alors, qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Vote Utile ou vote futile ? Realpolitik ou réelle politique ? Si on en causait entre nous, hmm ?
Hello-hello,
Les affaires reprennent ! Figure-toi, cher bien-aimé lecteur que je ne suis pas en mesure de reconnaître sauf quand tu me dis que c'est toi, que j'oscille, depuis quelques semaines ; entre la légère pression sur le bouton rouge à la hauteur de mon index droit, à côté duquel se trouve placé une petite étiquette portant la mention "Self-destruct" et "CAUTION !", pression qui me libèrerait et de la consultation quasi-quotidienne avec alimentation très aléatoire du blog que tu as sous tes yeux ébahis, et de l'idée qu'on peut changer le monde en vrai de vrai sans passer par la case où trône précisément le même petit bouton rouge avec son étiquette à côté ; et l'envie, cette putain d'envie de la mort qui tue, d'y croire encore, d'essayer encore, de commencer enfin à contribuer enfin à quelque chose d'enfin utile pour mes enfins - pardon, enfants !
Alors, minutes du procès, hier c'était No future et today c'est No pasaran ! Pourquoi donc, me demanderez-vous ? Eh bien je vais vous le dire : hier je croise un pote mouillé il y a peu encore nettement plus que moi dans l'affaire des Collectifs antibéraux, et qui plus est encarté au PC. Non, Vladimir, je te dirai pas qui c'est. Même au nom du bon vieux temps. Bon alors donc, le pote va démissionner du Parti, il nous dit qu'il n'est pas le seul, et que les sections locales commencent à ressembler à l'estomac d'un type qui vient de se pécho un Ebola particulièrement virulent, je vous fais pas un dessin, mais je précise qu'avec Ebola on parle d'hémorragie, c'est pas comme une gastro. Bonne nouvelle, m'esclaffé-je (cf Gerbatim...). D'autant que le taux de mortalité d'Ebola flirte avec les 80% les mauvaises fois. Mais je discerne à sa mine peu réjouie qu'ilne l'est pas. Réjoui. Car pour lui c'est aussi la fin de la formidable dynamique des Collectifs, qui ne se relèveront pas, et du coup bas de l'appareil du PCF, et du défaut de moyens que signifie ce divorce.
Aber today, today, y a d'la joie !! Car je viens de déguster avec gourmandise le dernier opus de Raoul Marc Jennar, dont je prise - je le confesse volontiers - assez systématiquement la prose. Et cette fois encore - et cette fois encore plus ! Disons donc pour faire court (si, si, là c'est court) que j'adhère globalement à son analyse et surtout à ses propositions pour la suite des opérations.
car YES ! Il peut y avoir une suite, justement ! Z'avez qu'à jeter un oeil sur ce qui suit :
MA PART DE VERITE, par Raoul Marc Jennar.
Je me suis trompé. Et je tiens à m’en expliquer.
Publiquement. C’est nécessaire puisque, parmi les aménités que m’ont été adressées par un certain nombre de personnes qui pourtant prétendent faire de la politique autrement, j’ai été accusé d’user et d’abuser de l’autorité morale qui serait la mienne. On me reproche d’avoir, en vue des élections présidentielles, préféré Yves Salesse à José Bové, puis, dans un effort ultime, désespéré et pathétique pour sauver la démarche unitaire, d’avoir proposé Francis Wurtz en remplacement de Marie-George Buffet.
Je suis un simple citoyen. J’exerce depuis de nombreuses années une activité de chercheur en science politique.
Fidèle à ce que m’a appris Pierre Bourdieu, je me suis efforcé de devenir un chercheur militant afin que les militants puissent devenir eux-mêmes des chercheurs. Et je suis donc devenu un décodeur, un défricheur de textes internationaux souvent inaccessibles, toujours inintelligibles afin que chaque femme et chaque homme puissent se les approprier et juger ainsi de la manière dont les décideurs orientent nos destinées. Habitué à cet exercice, c’est tout naturellement que je l’ai appliqué au traité constitutionnel européen.
Comme j’ai la passion de mes engagements, c’est aussi tout naturellement que j’ai répondu cent trente deux fois aux invitations à expliquer le TCE et les raisons de le rejeter. Il paraît que j’en aurais acquis une autorité morale. Je n’en sais rien. Cela ne m’intéresse pas. Je n’ai que mépris pour tout ce qui confine au médiatique. Je n’ai pas besoin d’être populaire pour être heureux. Même si, comme tout pédagogue, je ressens du plaisir à expliquer, à convaincre.
Par contre, ce que je sais, c’est que je me suis retrouvé, presque malgré moi, dans une aventure que, sans le précédent de la campagne référendaire, j’aurais sans doute regardée en observateur et où je suis devenu un acteur. Un acteur modeste sans doute, mais un acteur quand même. Cette aventure, c’est celle d’une belle ambition : donner un prolongement politique au refus du TCE exprimé par 12 millions de femmes et d’hommes qui partagent des convictions de gauche. Dès la veille du référendum du 29 mai, je n’ai pas cessé d’exprimer, à travers de multiples écrits, une préoccupation partagée par beaucoup : "nous avons suscité une immense espérance, nous n’avons pas le droit de décevoir" [1] .
Mon erreur fut de croire que la volonté d’unité était partagée par tous. Par les individus comme par les appareils qui composaient notre rassemblement antilibéral de gauche. J’avais été de ceux, assez rares, qui s’étaient inquiétés lorsque Mme Buffet, une semaine à peine après le 29 mai, avait annoncé sa candidature aux présidentielles.
Mais nombreux autour de moi ont été ceux qui m’ont alors expliqué que le PCF avait vraiment changé, que Mme Buffet manoeuvrait habilement pour ménager les staliniens et les carriéristes de son parti et qu’elle était portée par un courant vraiment pénétré par la nécessité de ne pas confondre rassemblement et ralliement. Et ceux qui me le disaient avaient à mes yeux un avantage sur moi, qui ne vit en France que depuis quelques années et qui n’a connu comme communistes que ceux du Cambodge et du Vietnam. : ils avaient pratiqué, côtoyé ou observé le PCF depuis longtemps. Ils disaient bien le connaître. Le seul à me tenir des propos contraires fut Alain Krivine, qui invoquait sa longue expérience au sein de ce parti pour me dire "elle a annoncé sa candidature, elle l’a maintiendra envers et contre tout." En août 2005 !
Mais comme cette lucidité venait du leader historique de la LCR, qui a quand même quelques comptes à régler avec le PCF, j’ai préféré croire mes camarades de ce qui allait devenir le collectif national où ma présence fut réclamée comme porte-parole par l’assemblée des délégués qui l’a investi. Et donc, j’ai considéré que toutes les options étaient ouvertes.
Dans ce contexte, mon opinion sur la candidature était la suivante :
C’est l’origine de mon erreur. Si j’avais maintenu la méfiance à l’égard du PCF qu’avait suscitée l’annonce si rapide de la candidature de Mme Buffet, j’aurais compris qu’il fallait un seul candidat en face d’elle, qu’il fallait rassembler tous les courants et toutes les individualités pour faire contrepoids à l’appareil du PCF. Dans une telle perspective, la candidature de José s’imposait. Je n’ai pas compris cela. D’autant moins, que toutes les personnalités du PCF que je rencontrais, avec lesquelles, dans certains cas, je collaborais, manifestaient un esprit d’ouverture qui me confortait dans ce que me disaient mes amis du collectif national sur les changements intervenus au PCF.
D’avoir donc soutenu quelqu’un d’autre que José m’a valu de la part de certains de ses partisans inconditionnels d’être traité de "diviseur". Même si je savais que les épithètes sont, comme d’habitude, l’argumentation préférée des fanatiques, je comprenais d’autant moins que, pour moi, il était normal qu’il y ait plusieurs candidatures.
Les débats qui ont précédé l’adoption du document "Ambition-stratégie-candidatures" m’ont à nouveau alerté.
Sur deux points. Tout d’abord, il était manifeste que le PCF refusait toute référence à la recomposition du paysage politique à la gauche du PS et qu’il ne pouvait être question d’indiquer que non seulement nous ne voulions pas faire un coup politique en 2007, mais que nous nous inscrivions dans la durée avec pour objectif un "nouvel espace politique". Mais, toujours confiant, j’ai même plaidé, dans certaines conférences, en faveur de la compréhension qu’il fallait témoigner à l’égard de partis qui ont une histoire et qu’il faudrait ménager des transitions.
Le deuxième point concernait les relations avec le PS. On sait que la formule inscrite dans l’Appel du 11 mai avait été insuffisante pour que la LCR puisse signer cet Appel. J’étais de ceux qui lui ont donné raison. Notre texte du 11 mai devait être plus précis. Les contacts qui furent menés pour inscrire dans le document "Ambitions-stratégie-candidatures" une formulation ne laissant pas de place à des inquiétudes légitimes ont abouti à un texte qui, personnellement, me satisfait. Mais ce qui m’a inquiété, c’est que le PCF a refusé une formulation encore plus précise qui avait été rédigée par un de ceux qui négociaient avec lui.
Ma confiance a totalement cessé au début de la dernière étape, quand la question fut celle du choix d’une candidature. Quand j’ai appris de tous les coins de France, en particulier là où j’avais donné des conférences pendant la campagne contre le TCE, que se créaient subitement des "collectifs" bidons qui ne rassemblaient que des militants du PCF, que se multipliaient des collectifs où les militants de ce parti imposaient la loi du nombre plutôt que le consensus, que, parfois, le seul nom de Mme Buffet était soumis à la discussion et que, le jour du choix, des militants du PCF jamais vus auparavant venaient en grand nombre participer au vote, j’ai compris que les pratiques léninistes - j’ai quand même quelques lectures - étaient restées bien vivantes et que l’appareil de ce parti n’avait en rien changé.
Un rassemblement comme le nôtre n’était pas en mesure de supporter la logique du rapport de forces. Le comportement du PCF détournait des collectifs des militants non encartés qui s’étaient engagés dans la campagne contre le TCE et qui me téléphonaient pour me dire qu’ils ne voulaient pas être soumis au PCF. Notre rassemblement était donc en grave danger. J’ai multiplié les alertes auprès du collectif national. Je n’ai pas été entendu. Pour donner du poids à mes cris d’alarme, j’ai démissionné. José m’a informé qu’il ferait de même si, dans les trois semaines, rien ne changeait. Mon geste a eu le mérite de mettre au grand jour les pratiques du PCF. Malheureusement, il n’a pas incité la majorité du collectif national à s’opposer à ces pratiques.
Cette démission du collectif national - je suis resté actif dans mon collectif du Conflent, dans les Pyrénées orientales, et je n’ai pas cessé par mes écrits d’intervenir dans le débat - m’a valu des tombereaux d’injures de la part de militants communistes. Ce qui m’a confirmé que ceux-là au moins n’avaient pas changé du tout. On était bien dans la tradition léniniste de la diabolisation du contradicteur. Elle m’a valu aussi d’être traité de "déserteur". Un déserteur, c’est-à-dire un lâche, un traître. Moi qui n’ai pas eu de carrière, car toute ma vie professionnelle a subi les contre coups de la fermeté de mes engagements. Jamais, de toute ma vie, je n’ai été aussi sali que depuis que je milite dans le pays de Voltaire (« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire. »).
Lorsque mes craintes ont été confirmées par l’attitude du PCF qui, tirant parti d’une manipulation massive des collectifs, oubliait soudainement la règle du consensus et invoquait la démocratie pour imposer le ralliement à sa secrétaire nationale, j’ai soutenu l’idée d’une candidature de Francis Wurtz. Tout d’abord parce que les qualités qui sont les siennes et que j’ai décrites dans mon texte de soutien sont réelles. Ce n’est pas un clône de Mme Buffet. Ensuite, parce qu’il me semblait important, dans une logique de rassemblement, de montrer qu’il n’y avait aucune hostilité de principe à ce qu’un communiste puisse être notre candidat. Enfin, parce qu’il m’apparaissait, ainsi qu’à plusieurs membres du collectif national, qu’il s’agissait là de la dernière chance de sauver la démarche unitaire.
Cette chance n’a pas été saisie. Et peut-être est-ce mieux ainsi, puisque de toute façon notre rassemblement était gangrené par des pratiques à l’opposé de la volonté unitaire qu’il prétend mettre en oeuvre. Ce que j’ai pu mesurer aussi par les réactions à mon soutien à cette ultime tentative. En guise d’arguments, des insultes. Vieux procédés qui signent les limites de notre démarche.
Il nous faut donc prendre acte et faire du neuf.
Prendre acte signifie reconnaître l’échec d’un rassemblement qui réunit des appareils de partis et des personnes non encartées.
Prendre acte signifie intégrer le danger de la rémanence d’une culture politique caractérisée par le besoin de rapports hiérarchisés et par l’habitude de disqualifier celui qui pense autrement.
Prendre acte signifie enregistrer la faiblesse d’un projet issu de compromis et non de convictions.
Prendre acte, c’est aussi reconnaître que parmi celles et ceux qui ont refusé le TCE parce qu’ils sont de gauche, au moins 85% n’appartiennent pas à l’électorat régulier des partis associés dans les collectifs du 29 mai. [2]
Prendre acte, enfin, c’est admettre qu’on ne fait pas du neuf avec du vieux, que les défis du siècle qui commence appellent d’autres analyses, d’autres méthodes, d’autres instruments que ceux que le 20e siècle nous a légués.
Faire du neuf signifie avant tout mettre nos pratiques en cohérence avec nos idéaux et nos valeurs. Comment peut-on prétendre bâtir un monde plus fraternel et plus juste si, même entre nous, nous sommes incapables d’un minimum de fraternité et de respect de l’autre ?
Faire du neuf, c’est imaginer pour créer. L’espérance que nous avons suscitée doit trouver son prolongement politique. Ce qui exige de notre part, en tirant les leçons du passé, une capacité à inventer. Inventer un projet en phase avec les besoins du plus grand nombre. Inventer une réponse appropriée aux conséquences dramatiques pour les humains et pour la planète des politiques pratiquées jusqu’ici.
Faire du neuf, c’est intégrer enfin les dimensions spatiales nouvelles des défis auxquels nous sommes confrontés. Notre rassemblement est né d’un combat contre un projet européen, pas contre l’Europe. Mais dès le lendemain du référendum, la tendance majoritaire était de revenir dans nos limites hexagonales. Alors que l’essentiel de ce qui conditionne nos vies se décide d’abord dans les cercles du patronat européen, puis au sein des institutions européennes.
Faire du neuf, c’est aussi forger l’outil qui portera ce projet. Et je ne peux que répéter ce que j’ai déjà écrit. Il nous faut concevoir, après mûres réflexions, une manière d’agir ensemble qui évite les pièges du passé. Il faut tenir compte des expériences passées, de la crise des partis politiques et de leur rôle dans la crise de la démocratie. Il faut réfléchir aux tentatives de faire de la politique autrement qui ont échoué et analyser les causes de ces échecs. Il faut intégrer dans notre réflexion les explications du succès international du mouvement altermondialiste (qui ne se réduit pas à Attac, enfin sortie de crise) et de la campagne contre le TCE : le travail en réseaux plutôt que l’organisation hiérarchique pyramidale traditionnelle. Nous devons imaginer une manière nouvelle d’agir dans l’espace public qui soit en permanence en prise avec les gens et qui ne confisque pas la volonté des gens au profit d’appareils.
Faire du neuf, c’est créer une façon de militer ensemble
Je n’ai pas de formules toutes faites. Elles n’existent pas. C’est bien pour cela qu’il faut réfléchir et travailler ensemble pour créer. Cela ne s’improvise pas dans la précipitation et l’agitation.
L’Appel à José Bové
Je n’ai pas immédiatement signé cet appel. Parce que je savais que José n’envisageait d’être candidat que dans un contexte unitaire et que je doute fort, toutes choses restant égales par ailleurs, que Besancenot et Buffet retirent leur candidature. Je ne l’ai pas signé non plus d’emblée, car j’aurais préféré un appel à un projet plutôt qu’à un homme. Je ne prise guère la personnalisation du débat politique. Mais j’ai compris que le mérite premier de cet appel est de montrer aux appareils que ceux qui ne sont pas encartés ont une existence réelle. Bien entendu, je sais que les initiateurs de cette démarche ont d’autres ambitions.
Mais signifier par une pétition ayant un large écho que les non encartés existent et qu’ils peuvent peser ; démontrer que José peut réunir sur son nom, par une démarche libre et spontanée, autant sinon plus de voix que celles obtenues grâce à la manipulation des collectifs par Mme Buffet ; entretenir une dynamique mobilisatrice qui donne du corps à la perspective d’un nouvel espace politique sont aussi des objectifs que permet d’atteindre cette pétition. Ces objectifs-là sont, à mes yeux, au moins aussi importants que les scénarios échafaudés ici et là dont certains, pour le moment en tout cas, relèvent surtout de la politique fiction.
C’est la raison pour laquelle j’ai signé et j’invite à signer cet appel (http://www.unisavecbove.org).
Propositions pour 2007
En m’efforçant à la cohérence avec ce qui précède, en tirant les leçons de mes propres erreurs (penser que le PCF avait changé et écouter ceux qui me le disaient), en évitant - ne fut-ce que par respect pour la discipline que je sers - de faire de la politique fiction, je voudrais suggérer ce qui suit dont nous pourrions tous ensemble débattre les 20 et 21 janvier :
Je voudrais immédiatement indiquer à ceux qui ne sont pas d’accord avec mes propositions que ce ne sont que des propositions et qu’ils n’ont pas besoin de m’injurier s’ils veulent les rejeter. Merci.
Depuis que j’ai commencé à m’exprimer publiquement en France en juin 2000, à Millau, je me suis toujours exprimé de bonne foi. En toute sincérité. Je crois avoir eu raison dans un certain nombre de cas. Et je n’hésite pas à reconnaître que je me suis aussi trompé. Je n’ai pas le sentiment - ridicule, mais fréquent en France - de perdre la face en reconnaissant une erreur. Mais je ne suis pas certain que la sincérité soit une qualité reconnue par tous. J’espère qu’elle le sera au sein de ceux qui vont désormais se mobiliser pour une alternative démocratique, sociale et écologique en France et en Europe.
Eh non, mon petit Stalinou, tu n'auras pas ma voix ! Je ne te l'avais jamais donnée, tu ne perds rien, me diras-tu...
Mais j'avais failli changer d'avis - tu vois comme on est oublieux, dès qu'on a soif de quelque chose... En vrai, j'ai cru pendant plusieurs mois, c'est pas rien dites voir, que les avatars de ta méthode étaient bien plus affranchis que ceux que j'avais eu l'occasion de cotoyer parfois il y a longtemps... Bref j'ai cru durant plusieurs mois que, en moins de temps qu'il n'en faut pour faire basculer un référendum, le Parti Communiste Français avait basculé dans une autre façon de voir les choses, et concevoir la politique. Une façon où la fin prévalait sur les moyens...
Naïf, moi ?! Tt-tt ! Pas d'anti-communisme primaire, s'il vous plaît !
Bon, alors, naïf si vous voulez, mais pas benêt total : j'avais encore quelques préventions sur la chose... Et donc là, depuis hier, ben j'en ai plus !
En revanche, j'ai encore une question : Josep, mon petit Stalinou, tu me prends vraiment pour un con à ce point con ?
Con au point d'avaler ta rhétorique de base sur l'urgence ? Sur celle de la présence médiatique immédiate ? Celle de la mobilisation autour de la meilleure candidate possible ?
Con, au point que quand tu me dis "T'as bien fait mumuse avec ton con-sensus, maintenant tu fermes ta gueule et tu écoutes les grands, et surtout tu fais ce qu'on te dis là où on te dis", je remballe penaudement ma différence et je suis docilement la ligne du parti ?
Con, au point d'avaler tes mines de sincère outragé ou d'honnête meurtri quand on te demande si tu ne nous prends pas pour des cons ?
Eh ben, si tu penses ça, mon petit Stal', tu te fourres le doigts dans l'oeil jusqu'à l'omoplate. Parce que ta rhétorique, ta ligne du parti, ton centralisme démocratique qui sonne aussi juste que jadis la dictature du prolétariat, eh ben je m'asseois dessus.
Et, si ça se passe comme je l'espère, on va bientôt être tellement nombreux, nous les blaireaux, communistes qui se soucient d'abord de faire de la politique et non-communistes qui les rejoignent sur les valeurs de la gauche antilibérale, on va être tellement nombreux te dis-je, à s'asseoir dessus, que ça t'en étouffera.
Et que, demain, la définition de "stalinisme", ce sera : méthode d'accaparement et/ou de confiscation du pouvoir tellement lamentable qu'elle mène inmanquablement à la disparition, douloureuse et ridicule, du prétendant.
Remarque, ce sera toujours moins lourd à porter que l'actuelle...
... Car voici que je fus pas plus tard qu'hier à une réunion en vrai avec les gensses qui composent le collectif valentinois. Et il y eut pour moi divine surprise !
Car voici que nous nous y pointâmes et que nous ne fûmes point seuls. Que nous consacrâmes la première partie de la réunion à discuter des grandes manoeuvres nationales, Marie-Georges ou pas Marie-Georges, consensus no more, comment qu'on fait pour en sortir boudu, etc etc. Que, après vingt minutes, tout le monde trouva qu'on en avait assez causé, et que c'était pas le sujet à l'ordre du jour. Que, quand il fut question de l'invité dh'onneur, vous savez le-type-qui-vient-faire-la-lumière-de-tout-en-haut, ben les organisateurs nous dirent d'un air tranquille que l'invité d'honneur il était scotché sur le mur en plusieurs morceaux.
Je savais que plusieurs membres du PC étaient présents. Papy m'avait raconté le truc du couteau entre les dents. J'aime beaucoup Desproges. Bref, je me dis qu'"ils" avaient frappé. Bon, en vrai, non. C'était juste les têtes de chapitres du document "Ce que nous voulons" qu'on pouvait contempler sur le mur de la salle...
Nous avons donc passé trois petites heures à "effleurer" chacun desdits chapitres, sur la formule consacrée intro par animateur puis débat court. Histoire de se mettre la chose en bouche, histoire de soulever quelques lièvres parmi les plus gros...
Dans ces moments-là, les choses ont toujours un peu de mal à démarrer. Il y a la phase "On dirait bien que les autres sont tous du même bord, ça va être moi le martien..." - vite dépassée par un "Ah ben, ces deux-là, ben non, c'est pas la même chapelle ! Oh ! et puis elle, là, alors carrément elle est d'ailleurs !". Il y a également la phase "Oh non ! Celle-là j'l'ai déjà entendu trois mille fois, pis celle-là aussi..." Et puis, au bout d'un moment, on se rend compte que sur dix trucs qui ont été abordés, bien entendu car nous sommes entre gens qui ont compris, hein, tu en savais huit bien tapés. Yes ! Mais les deux qui restent, ben tu n'y avais pas pensé... Et au fur et à mesure que la discussion avance, tu commences à réaliser que l'idée d'intelligence collective est peut-être plus pertinente que purement abstraite...
On a pu terminer cette réunion pas d'accord sur plein de points, mais moi j'avais l'impression que l'essentiel avait été "effleuré". Il y avait matière à causer, et, mieux, à fabriquer du bel et bon !
Du coup, today, dans un grand élan de générosité, je vous livre en vrac les têtes de chapitre qui ont été évoquées, et ce qui me semble faire souci là-dedans. Allez savoir : y en a peut-être quelques uns que ça va interpeler, quelque part au niveau du vécu...
Emploi, niveau de vie, protection sociale : comment passer au SMIC à 1500€ ? Comment assurer une (relative ?) sécurité des parcours professionnels tout au long de la vie sans transformer touot le monde en fonctionnaire ?
Un nouveau type de développement : à la demande générale, il est considéré que ce thème n'est pas vraiment dissociable du premier. Réduire la précarité, augmenter le niveau de vie sont-ils des items compatibles avec la notion de développement durable / décroissance raisonnée, qui est au centre du débat (y avait plein d'écolos hier !) ?
Ecole-culture-médias-recherche : nombre de participants jugent que le chapitre est bien faiblard sur la nécessité de repenser le système scolaire dans son ensemble, pour sortir notamment du système de mise en concurrence vers l'élite et du formatage des pensées. Ca m'a fait super-plaisir... Yes, but comment faire, my lords ? Quant à la Kültür, y en a qu'ont plein d'arguments à déballer... Et vous ?
Egalité hommes-femmes : Il est prévu dans le programme la consitution de "Comités pour l'égalité des chances". Je bondis. L'égalité des chances c'est quand on donne à l'entrée à l'école le même cahier et le même stylo au gosse de riche et au gosse de pauvre... Il y a des alternatives vers l'équité qui me semblent urgentes à gamberger...
La VIème République : Le vrai soussaï à mes yeux c'est : comment construire un régime parlementariste qui ne soit pas aussi rapidement paralysé que feue la IVème, que personne n'a jamais vraiment regrettée ?
L'Europe, le monde : Alors là mon angoisse c'est comment que les affreux crocodiles néo-libéraux qui ont jadis dévoré le Chili, isolé Cuba, et, on peut le dire aussi même s'ils ont été puissament aidés de l'intérieur, mis à bas le Bloc de l'Est, comment donc pourrons-nous les tenir à distance et, mieux, les empêcher de nous nuire et, encore plus vaste programme, devoir céder à l'irrésistible attrait de notre merveilleux nouveau modèle de société je vous le demande hmm ?
Les moyens financiers de cette politique : là j'avoue humblement chu aller fumer... Je crois qu'il y a lieu de lire dans le détail les points relatifs à ce chapitre dans "Ce que nous voulons", ou carrément venir à la réunion qui en parlera... Car voui, chers ami(e)s vous avez bien lu, dès janvier un mini-marathon de séances de travail est prévu au sein du colletcif valentinois, en vue d'éplucher consciencieusement chacun des chapitres, et proposer des améliorations et/ou des nouveautés !
Et c'est là que , comme dirait l'Oncle Sam, I Need You ! Please faites donc des retours sur les points évoqués au-dessus, que je puisse amener des arguments et enrichir la bête ! Plus on sera à gamberger sur ces questions, plus elles seront traitées avec intelligence et chances de réussite.
Bref, à tout bientôt !
C'est terrible, chers fort nombreux lecteurs, de se trouver dans la douloureuse situation de devoir faire le constat que l'objet même du blog que vous avez mis en ligne se trouve détourné par l'actualité qui fut à l'origine dudit. Vous voyez ce que je veux dire ?
Car en vérité, ce blog avait originellement vocation à vous inviter à échanger autour des thèmes abordés dans le document intitulé "Ce que nous voulons", dont je persiste à penser qu'il contient plein de choses intéressantes, et aussi plein d'endroits où on peut faire différent, mieux, tout ça... On avait même commencé d'aborder la question par un début d'échanges autour du thème "Education", qui me paraît richissime autant que déterminant dans nos envies de société "nouvelle". Mais j'ai plein d'envies aussi sur les questions tournant autour de la Kültür, de la mondialisation, de l'Europe, de la justice, de la santé... Bref, de quoi gamberger joyeux et s'écharper velu !
Je crois néanmoins qu'il y a un petit taf à faire avant de pouvoir se consacrer sereinement à cette noble tâche... Et ce taf, c'est, je le crois de plus en plus fort, de se libérer des enjeux électoraux à venir...
Car j'ai beau me sermonner, me gourmander, me vertementancer tout ça, je ne peux m'empêcher, en mon petit fort intérieur de dessous mon crâne épais, de me demander si cette formidable générosité de certains partis politiques à vouloir se fondre dans ce grand élan collectif qui porte justement ce nom-là, ne relève pas davantage de la stratégie politicienne que de l'élan-généreux-en-vrai...
Bon, on va pas faire de la langue de bois : je soupçonne fortement nos bons amis d'inspiration trotskyste, les deux, hein, d'avoir fait des calculs subtils autour de la question. Genre si je me joins au mouvement antilibéral, je suis trop petit pour peser sur le choix du candidat à la présidentielle, ce ne sera donc pas moi, et je perdrai toute visibilité médiatique et publique. Pas bon. A ce stade, deux options : le Protocole Arlette rejette en bloc le mouvement en disant que c'est de la bouillie de PC, et se place comme unique représentant légitime et sérieux et sincère des couches populaires. Le Protocole Besancenot, lui, fait un peu plus dans la finesse : bien sûr mes amis que nous sommes frères de pensée, rappelez-vous en au moment crucial, mais nous avons un désaccord de fond avec l'une des composantes de votre mouvement, dont on se demande ce qu'elle cherche vraiment allez, et qui nous empêche de nous jeter dans la mêlée à vos côtés...
Ce qui m'amène au gros poisson. Encore une fois, un peu de stratégie : ma base électorale est moribonde, mais je dispose d'un noyau très fidèle et très structuré. Quoi que je fasse, mes adhérents suivront et tiendront mordicus. Le mouvement antilibéral attire beaucoup de gens qui ne votent habituellement pas, ou sanction, dans tous les cas un électorat considérable et très très volatil. Si je prends la tête du mouvement, c'est jackpot. Et si je n'y arrive pas, je ne ferai pas pire qu'avant.
Je voudrais fortement me tromper lourdement, mais je ne serais que très peu surpris si un PC (je parle des appareils, ici, hein) qui ne prendrait pas la tête du mouvement s'en détachait pour faire cavalier seul. Car imaginons le cas inverse : MGB n'est pas désignée pour représenter le mouvement antilibéral aux présidentielles. Toute la machine du Parti se met à tourner pour un(e) inconnu(e) ou presque, qui n'est même pas du sérail. Le PC disparaît de la scène politique française en tant qu'entité constituée, faute d'un porte-parole. Mauvaise limonade pour nos amis de la place du Colonel-Fabien...
Evidemment, les utopistes énervés pourront dire que construire une gauche capable de peser sur les destinées du pays vaut bien le sacrifice d'un appareil par ailleurs gravement fossilisé, et chargé d'un passif qui le maintient dans une représentativité plus que limitée. Les pragmatiques, eux, verront partir les euros et les moyens d'existence qui vont avec...
Voilà. Je constate que depuis un mois on ne cause pas du programme, mais de qui va bouffer qui. On ne réfléchit pas sur un changement de modèle de société, mais sur les capacités d'entrisme ou de phagocytage de chacun des protagonistes.
MERDE ! ET MERDE !
Ca fait des années que ce manège me gonfle, des années que je n'arrive plus à faire confiance à un parti politique, j'ai même pas lu dans le détail le programme du PS tellement je le soupçonne pas de vouloir l'appliquer, et voilà que quand apparaît quelque chose qui ressemble à une véritable alternative, il faut pas deux mois pour le replonger dans cette merde de stratégies partidaires ! Je n'ai pas besoin qu'un parti me dise quoi penser, quoi faire, quoi voter. Il n'a rien à m'apprendre en termes d'idéologie, de déontologie, et surtout de démocratie. Aux dirigeants des partis trostskystes, je dis "Cronstadt", aux dirigeants du parti communiste "Guadalquivir".
Aux personnes qui militent au sein de ces partis, parce qu'elles croient en des lendemains meilleurs, je dis mon respect et l'envie que j'ai de partager des idées avec elles. Mais des idées, pas des stratégies ! L'envie de faire, cette fois, enfin, bouger les choses avec elles. Alors...
Putain, pourquoi est-ce qu'on oublie systématiquement que la fin n'est légitime que si les moyens pour y parvenir ne la discréditent pas !!! Pourquoi on entend comme à Romans des organisateurs PC d'un colloque réussi autour du mouvement antilibéral regarder sortir avec satisfaction un public nombreux, en se disant "C'est bon, ça, ça va nous faire des adhérents en plus !" Pourquoi on n'entend pas tout simplement des trucs du genre "Ca fait plaisir de voir qu'on n'est pas tout seuls !" ou "La vache ! ca me donne envie d'y croire toute cette énergie !" ???
Je crois dans l'idée que des individus, non experts en politique, non engagés en politique, sont capables de réfléchir sur la politique, car la politique c'est au moins tout autant leur quotidien que celui des hommes politiques. Je crois dans l'idée que ces individus sont tout aussi légitimes pour porter des politiques que les professionnels de ladite qui squattent les plateaux télé. Je crois dans l'idée que ces individus peuvent avoir davantage de distance, et donc davantage de pertinence dans leurs réflexions, que ceux dont les intérêts personnels sont liés aux schémas politiques qu'ils défendent. Je nous crois légitimes, parfaitement légitimes, pour nous occuper de la vie de la Cité.
Et je nous crois légitimes pour n'avoir pas besoin de chaperons idéologiques, ni d'encadrants institutionnels. J'ai envie de me décarcasser pour moi, pour mes gosses, c'est-à-dire pour nous, et pour nos gosses. Pas pour que des professionnels gardent leur poste. Ca, c'est leur problème, et IL N'EST PAS POLITIQUE.
Je nous renvoie au couplet des anarchistes de l'Internationale :
"S'ils s'acharnent, ces cannibales, à faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles sont pour nos propres généraux."
J'aimerais aujourd'hui qu'on puisse dire qu'on dépose nos cartes du Parti en entrant dans un collectif antilibéral, comme dans les westerns on laisse ses colts à l'entrée du saloon...
J'aimerais en fait qu'on laisse tomber cette affaire de candidatures qui nous pourrit le mouvement, qu'on laisse les partis faire leur soupe dans leur coin comme ils en ont l'habitude, et qu'on se concentre sur ce qui nous intéresse, et qui intéresse l'avenir : une alternative à cette société "libérale" qui détruit peu à peu tous les humains.
Alors ? Est-ce qu'on met ce blog en veille, en attendant des jours meilleurs ? Ou est-ce qu'on passe aux choses sérieuses ?
... car le bougre pense et écrit avec bien plus de talent que moi !
La mort dans l'âme donc, je vous relaie son papier, dégoûté d'avoir pas su l'écrire avant lui...
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